Se déployer, et non se disperser
Le reproche est si banal qu'on ne l'entend même plus : une femme qui mène plusieurs activités se disperserait. Nathyca Kemayou y répond par un renversement de vocabulaire.
« Pendant longtemps, j'ai cru que je devais choisir une seule activité, une seule identité et entrer dans une seule case pour être crédible. Aujourd'hui, je sais que je ne me disperse pas : je me déploie. »
Elle ne s'arrête pas au mot. Elle déplace la question elle-même, et c'est peut-être la formulation la plus utile qui ait été donnée à ce Sommet.
« La véritable question n'est donc pas : “Pourquoi fais-tu autant de choses ?”, mais plutôt : “Quel sens commun donnes-tu à tout ce que tu fais ?” Lorsque ce fil conducteur est clair, la diversité devient une force et non une dispersion. »
Son fil conducteur, elle le nomme sans détour : accompagner la transformation, transmettre, créer, et aider les autres à révéler ce qu'ils portent en eux.
Une multipotentialité qui ne commence pas aujourd'hui
Interrogée sur la première partie de son parcours, elle répond par une fin de non-recevoir qui en dit plus long qu'un curriculum. Il lui est impossible de tout mettre par écrit. Les activités qu'elle a transmises au Journal ne représentent, dit-elle, que la moitié de ce qu'elle mène en Occident, sans compter plusieurs projets en Afrique. Quant au commencement, il ne se situe pas dans un premier emploi : à treize ans, elle était déjà en action, et elle le raconte dans son livre.
Elle ajoute une remarque qui pourrait servir de définition au Sommet tout entier : c'est aussi cela, la difficulté, et nous sommes pleinement dans le sujet. L'embarras qu'il y a à se résumer n'est pas un défaut de méthode. C'est le symptôme même de ce dont ce Sommet veut parler.
Le métier
Titulaire d'un Executive MBA de l'IAE Paris-Sorbonne et d'une certification exécutive d'HEC Montréal, elle accompagne depuis plus de dix ans les organisations et leurs équipes dans leurs transformations, digitales, organisationnelles et humaines. Elle a fondé à Paris Glob'Agile Consulting, cabinet spécialisé dans la conduite du changement, l'adoption des outils numériques et l'acculturation à l'intelligence artificielle.
Écrire, jouer, transmettre
Elle est l'auteure de « De bras en bras, jusqu'à soi », récit d'une reconstruction, vendu sur Amazon et au Cameroun. Elle a également créé ESSENTIA, un jeu introspectif de trente-trois cartes conçu pour se questionner chaque matin, mieux se comprendre et passer à l'action. S'y ajoutent NathycaJuice et NathycaSpice, et la danse.
Éveille-toi 777
À travers ce projet, elle accompagne les personnes qui ont perdu leurs repères : comprendre leur histoire, transformer leurs épreuves, retrouver leur identité et reprendre leur juste place. Un volet est consacré aux femmes et à leur épanouissement.
Ce qu'elle aurait aimé entendre
Reste la question que Le Journal pose à ses intervenantes, celle du moment où l'on doute. Sa réponse est la plus longue qui nous ait été adressée. Elle a sa propre progression, et la raccourcir ferait perdre sa voix. La voici entière.
« J'aurais aimé que quelqu'un me dise : “Tu n'es pas trop. Tu n'es pas incohérente et tu n'as pas besoin de renoncer à une partie de toi pour être comprise ou acceptée. Ce que tu traverses aujourd'hui ne définit pas la suite de ton histoire. Tes blessures ne sont pas une condamnation : elles peuvent devenir une source de force, de conscience et de transmission. Tu as le droit d'avancer à ton rythme, d'explorer plusieurs chemins, de recommencer et de devenir pleinement la femme que tu portes déjà en toi. Fais-toi confiance. Ta présence n'est pas un problème à résoudre : c'est une lumière à habiter.” »
« Tu n'es pas trop »
Ces trois mots déplacent le sujet. La difficulté des femmes aux talents multiples n'est pas toujours d'en manquer. Elle est parfois de ne pas s'autoriser à en avoir plusieurs.
Quand une trajectoire comporte des ruptures et plusieurs identités professionnelles, la question qui se pose n'est pas celle de la compétence. Elle devient : faut-il supprimer une part de soi pour paraître cohérente ? Sa réponse est exactement inverse. La cohérence ne vient pas de ce que l'on retranche, mais de ce que l'on relie.
Ce qu'elle apporte
Elle n'apporte pas au Sommet une liste d'activités, mais une question que beaucoup de femmes se posent sans la formuler : comment passer de « je fais trop de choses » à « je comprends ce qui relie tout ce que je fais ».
La multipotentialité n'oblige peut-être pas à choisir entre toutes ses parts. Elle oblige plutôt à découvrir ce qu'elles ont à se dire. Elle appelle cela se déployer.
La retrouver
- Glob'Agile Consulting, transformation et conduite du changement
- « De bras en bras, jusqu'à soi », son livre
- Éveille-toi 777, sur TikTok, YouTube et Facebook
- Nathycadance, sur TikTok, Instagram et Facebook
- Le Bon sens du management, sa chaîne YouTube
- ESSENTIA, son jeu introspectif de trente-trois cartes