Deux fils, pas un
Les achats, la mode, les cosmétiques naturels, les plantes médicinales, le code, les voyages. Sur un curriculum, ces lignes ne se parlent pas. Elles se parlent pourtant, et de deux façons.
La première tient à ses origines. Nansa Camara est d'origine malienne, et le Mali n'est donc pas un territoire qu'elle aurait choisi d'explorer : c'est d'où elle vient. Les tissus, le karité, les plantes et leurs usages ne sont pas des matières repérées au cours d'un voyage, ce sont des choses connues avant d'être travaillées.
La seconde tient à son premier métier.
Acheter, c'est chercher, comprendre une provenance, reconnaître une qualité, négocier, et construire une relation de confiance avec celui qui fabrique. C'est exactement ce qu'elle fait quand elle choisit un tissu à Bamako ou un beurre de karité. Le geste professionnel est devenu un geste de création.
Trois secteurs, une même école
Plus de quinze ans d'achats, en France et en Afrique. Elle est aujourd'hui consultante achats, après un parcours dans le secteur public, dans le privé et dans l'humanitaire, trois environnements où l'on n'achète pas pour les mêmes raisons, et où le même produit ne répond pas aux mêmes réalités humaines.
Sa formation dit déjà la suite, et elle la dit tôt. Bac en 1998, BTS de commerce international en 2001, licence en 2002 et maîtrise d'administration économique et sociale à Créteil en 2004. Puis 2005, l'année qui la résume : elle mène de front, au moins quelques semaines, un master en commerce international à l'INSEEC et un DESS en gestion de projets de développement en Afrique à Sceaux. Deux cursus en parallèle, vingt ans avant qu'on ne parle de multipotentialité.
La suite ne s'arrête pas : une formation achats en 2006 et 2007, une formation de styliste-modéliste chez Formamod en 2008 et 2009, un MBA en développement durable à l'ISC Paris en 2013, qui la mène à se spécialiser dans les achats responsables, et une formation à Harvard dans le domaine humanitaire en 2017. Vingt ans d'études continues, sans jamais quitter le travail. S'y ajoute la formation achats dispensée par le CIPS, l'institut britannique des achats et de la chaîne d'approvisionnement, en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement : niveaux 2 et 3 validés, niveau 4 à moitié, dont la seconde partie reste à repasser. Celui-là se déroule en anglais, contrairement aux précédents.
Le détail a son prix dans un portrait consacré à la multipotentialité. Une femme qui apprend encore dit davantage qu'une femme qui aurait fini.
Le partenariat avec les Nations unies n'est pas anodin : il inscrit sa qualification d'acheteuse dans un cadre où l'on achète pour des situations d'urgence et de développement, et non seulement pour des marges. L'humanitaire n'est donc pas une ligne à côté des autres dans son parcours, il en traverse jusqu'à la formation.
Le détail qui compte est ce DESS. L'Afrique n'arrive pas dans son parcours avec ses marques : elle était déjà l'objet de ses études, des années plus tôt. Acheter n'est pas seulement obtenir le meilleur prix, c'est décider de ce que l'on fait entrer dans une chaîne, et elle l'a appris dans cet ordre-là.
Son one pager mentionne une distribution alimentaire pour des personnes vulnérables dans le nord du Mali. C'est le point où le métier cesse d'être une technique : le même geste de sélection et de logistique ne pèse pas la même chose selon ce qu'il sert.
Apprendre à coder pour mieux acheter
De février à mars 2025, elle a suivi la Piscine de l'École 42, ce mois d'immersion intensive où l'on apprend à programmer sans professeur, puis plusieurs webinaires de code, d'intelligence artificielle et de cybersécurité.
L'objectif n'était pas de changer de métier. Il était de comprendre le code pour l'appliquer aux achats, et le bénéfice a été double : de nouvelles compétences, et un réseau élargi.
C'est peut-être là que sa multipotentialité se voit le mieux. Une consultante achats de quinze ans de métier qui se confronte au code n'y cherche pas une reconversion. Elle y cherche ce qu'elle cherche partout ailleurs : comprendre comment une chose est faite avant d'en parler.
Porter une histoire
Africa Mix Style s'inspire des tissus traditionnels du Mali. Derrière les étoffes et les coupes, il y a l'idée qu'un vêtement transmet : une provenance, un savoir-faire, un lien entre des générations et des territoires.
La marque est aujourd'hui en sommeil, et elle annonce vouloir la réactiver. C'est peut-être ce qui la distingue le mieux : une marque que l'on reprend après l'avoir laissée dormir suppose d'y croire une seconde fois, ce qui est plus exigeant que de ne jamais s'être arrêtée.
Elle ne s'est pas contentée d'aimer la mode : elle s'y est formée, comme styliste-modéliste. La marque a par ailleurs son blog, ouvert en 2011, où l'on suit notamment la Fashion Week de Bamako.
Le karité, et ce qu'on en sait
Néma Nature propose des baumes au karité pour la peau et les cheveux. Le projet s'inscrit dans un intérêt plus large pour les ressources naturelles, leurs usages, et les connaissances transmises depuis plusieurs générations, en particulier au Mali.
Il ne s'agit pas seulement de proposer un produit, mais de comprendre et de préserver ce que les femmes, les familles et les communautés savent depuis longtemps de la nature.
Transmettre sans dénaturer
Son intérêt pour les plantes médicinales et leurs usages ancestraux pose une question que peu de créateurs affrontent : comment faire connaître un savoir sans se l'approprier, et sans le réduire à un argument de vente ?
Apprendre ailleurs
Elle voyage à la rencontre d'autres cultures, s'intéresse à leurs cuisines, à leurs vêtements, à leurs langues, à leurs savoir-faire. Chaque découverte nourrit sa manière de penser ses propres projets. Le voyage devient un espace d'observation, et une invitation à créer des passerelles.
Ce qu'elle vient dire
Son one pager porte une devise, en anglais, qu'elle s'applique à elle-même.
« Go for it, no matter how it ends, it's an experience ! »
La retrouver
- Néma Nature, ses baumes au karité : Instagram et Facebook
- Africa Mix Style, le blog de la marque