Une identité plurielle assumée
Architecte de formation polytechnicienne, Dr Jhoyce OTO n'a jamais considéré l'architecture comme une finalité. Elle y voit la cristallisation d'un profil pluriel, construit discipline après discipline. Soliste lyrique mezzo-soprano dès l'âge de onze ans, vocaliste de jazz, de gospel et de blues à partir de dix-huit, auteure et compositrice, puis productrice et jeune découverte littéraire tournée vers le cinéma, elle a mené de front des trajectoires que l'on présente rarement ensemble.
Des galeries aux business centers
Plasticienne, commissaire d'expositions à Paris, Milan, aux États-Unis et en Guadeloupe, galériste dans plusieurs arrondissements parisiens, elle conçoit des lieux d'art, des centres culturels et des festivals. Son intérêt pour les tiers-lieux la conduit à accompagner leur transformation en incubateurs, puis en business centers. La même logique traverse ces étapes : relier des mondes que l'on tient d'ordinaire séparés, la création et l'économie, le lieu et l'usage.
Les diplomaties comme terrain
Experte en industrie et technologie des marchés émergents, elle défend une conviction simple : un concepteur ou un technologue doit être hybride et pluridisciplinaire. C'est à cette condition qu'il comprend, puis traduit en solutions, les environnements culturaux qui régissent les décisions économiques. Elle emploie ce terme à dessein : là où « culturel » lui paraît restrictif, « cultural » recouvre à la fois les études comportementales et les identités, que la plupart des métiers traitent séparément. L'architecte qui l'oublie, dit-elle, se condamne à dessiner des volumes décontextualisés.
Dix-huit ans pour installer un Parlement
Elle fonde WBCHAMBER, la Women Business Chamber, à Paris en 2008, autour d'une chaire mentorale, d'une chambre économique et d'un incubateur d'affaires. La même année naît le Parlement Économique des Jeunes Technocrates.
De ce Parlement sortira, en 2015, l'Institut Parlementaire des Élus Francophones. Elle le conçoit pour combler ce qu'elle identifie comme un manque chez les élus, en relations publiques, en lobbying et en diplomatie économique. Il prolonge une série de programmes qu'elle a construits sur les intelligences managériales, économiques, anthropologiques et technologiques.
Le cadre s'élargit ensuite aux diplomaties technologiques. Devenu le Parlement Économique des Femmes Leaders Afropéennes et des TECHplomaties, il a été officiellement lancé le 3 juin 2026 à l'Hôtel de Ville de Paris, au terme d'une expérimentation commencée en 2008.
Entre-temps, le programme La France des Challengers Économiques et le G25 Leadership Summit en 2009, les Écoles de Leadership Économiques Corporates et leurs incubateurs expérimentaux en 2010, le Kultural Affair Expansion Summit en 2011, Mak'Art Production Agency & Studio en 2012, Black Women Business Lobbying en 2016, puis le Patronat Économique des Femmes Leaders et le First Ladyz Afropeans Congressional Caucus en 2017.
Des programmes aux écoles
À partir de 2018, elle cesse de construire des programmes pour construire les lieux où ils s'enseignent. Women Business School en 2018, Womenopolis Leadership School et son press club en 2019, toutes deux à Paris. Puis Kriss Stars à Argenteuil en 2021, Ikkonic Sheroez à Saint-Denis en 2022, The Leadership Academy en Île-de-France en 2025.
La géographie compte autant que les dates. Ces écoles sont implémentées entre le 8e arrondissement et la banlieue Nord, là où se développent, en grande majorité, les entrepreneurs multipotentiels.
Un réseau pour les ingénieures et les architectes
Elle préside depuis 2026 le Strategic Board du REFIGEC, le Réseau des Femmes Ingénieures et Architectes dans le Génie Civil.
Son diagnostic tient en un indicateur : les freins rencontrés au sein des conseils d'administration en matière de parité sont, selon elle, la mesure la plus nette du plafond de verre. Elle en parle depuis l'intérieur, ayant siégé dans douze conseils d'administration.
Sa proposition ne consiste pas à réclamer une place, mais à interpeller en tant que Mentor Gouvernant, c'est-à-dire en Stratège Dirigeant. Les femmes architectes et ingénieures devraient selon elle investir des schémas d'innovation à la fois performants et inclusifs, ceux qui les installent en donneuses d'ordre plutôt qu'en expertes consultées : productrices, investisseuses, gouvernantes.
Les marchés émergents et innovants sur lesquels elle est fortement sollicitée sont ceux où se joue la construction des prochaines décennies : mobilités, digitalisation des infrastructures, bâtiments verts, matériaux décarbonés, emplois verts, économie circulaire. Elle y insiste en raison des industries écolomiques, terme qu'elle emploie pour désigner l'économie écologique, encore mal connues en Afrique.
Ce qui est en chantier
Quatre chantiers sont ouverts : un Artistic Smart Village à Chartres, l'incubateur Gentle Boss Ladyzpreneurs, le forum REFIGEC Agenda 2030 et l'Afrotechture G25 African Mentorship Congress, issu de l'Observatoire Afrofuturiste Afrotechture Royal DO & Think Tank, créé en 2025.
« Des donneurs d'ordre à part entière »
Son propos pour le Sommet tient en une proposition : la pluridisciplinarité est la carrure distinctive des décideurs et des leaders, celles et ceux qui assurent la conduite des structures et des plateformes. Il conviendrait donc, suggère-t-elle, de considérer les femmes multipotentielles comme des donneurs d'ordre à part entière.
Reste une question, qu'elle pose sans détour : et si les femmes africaines et caraïbéennes n'étaient pas à leur juste place ? S'aligner professionnellement suppose alors de rejoindre les sphères d'influence existantes, ou d'en imposer de nouvelles. C'est, selon elle, l'enjeu de ce premier Sommet.
Sa formule tient en quatre mots : Let's become the future.