Elle interviendra au Sommet le 26 septembre, de 14h05 à 15h05, sur le thème « Modèles et trajectoires ».
Une parenthèse qui n'en était pas une
Entre 2016 et 2020, la vie professionnelle d'Aïcha Diakité s'arrête. Son fils naît grand prématuré et sa santé devient la priorité. Rendez-vous hebdomadaires, trajets sans véhicule, organisation calculée au quart d'heure : ces années sont souvent décrites comme une interruption de carrière. Elles ont en réalité servi d'apprentissage.
Ces années ont un coût que les récits de reconversion mentionnent rarement. Quatre ans sans salaire, sans collectif de travail, sans perspective datée. Chaque démarche recommencée, chaque dossier à reconstituer, chaque interlocuteur à convaincre à nouveau. Tenir suppose de se lever le matin sans savoir quand cela s'arrêtera.
Apprendre à lire les institutions
Face aux administrations et à l'éducation nationale, elle apprend à identifier les interlocuteurs, à formuler une demande, à documenter un dossier, à relancer sans se décourager. Chaque refus lui enseigne une procédure. Elle finit par obtenir pour son fils une place adaptée tout en préservant sa fréquentation d'un centre de loisirs ordinaire, deux choses que le système présente rarement comme compatibles.
Ce savoir-faire porte un nom dans le monde du travail : lecture des organisations, gestion de dossier, négociation. Il n'apparaît sur aucun CV lorsqu'il s'acquiert dans une salle d'attente.
Reprendre sa place
Lorsque la situation de son fils se stabilise, Aïcha Diakité entre en formation qualifiante. Pendant son stage, elle transforme la période en alternance. Elle compose également avec un handicap non visible, et obtient les aménagements nécessaires plutôt que de s'en accommoder en silence. La méthode est la même que celle éprouvée pour son fils, appliquée cette fois pour elle.
Reprendre après quatre ans d'arrêt n'a rien d'évident. Il faut raconter son parcours sans s'excuser d'un vide, accepter de repartir d'un cran plus bas que là où l'on s'était arrêtée, et se convaincre soi-même avant de convaincre un employeur. C'est à ce moment qu'elle cesse de subir son parcours pour en faire un argument.
Faire de l'intime un outil
En 2024 paraît son livre, Désir d'enfant : de la déception à la réalisation de soi. L'ouvrage dépasse le témoignage : il propose un cadre à des femmes qui traversent des parcours de maternité difficiles et qui manquent de mots pour les nommer. Écrire devient une quatrième activité, et un mode de transmission.
Porter la question plus loin
Elle siège aujourd'hui au conseil d'administration d'IdéeAvenir, anciennement Les Idéateurs, association qui promeut l'entrepreneuriat auprès des jeunes et le développement de leur esprit d'initiative. Elle y est secrétaire générale et coach de terrain lors des interventions.
Sa conviction : la sensibilisation précoce change davantage de trajectoires que la réparation tardive.
Passer un cap
Depuis, elle est accompagnée par Olga Tsoukoula. Elle raconte ce que ce travail a produit.
« L'accompagnement d'Olga m'a réellement permis de passer un cap.
À une période où ma santé était fragilisée et où j'avais besoin de retrouver du sens et de la clarté dans mon parcours, elle m'a aidée à prendre du recul, à clarifier ma mission, ma vision et mes valeurs, mais surtout à reprendre confiance en moi et à passer à l'action.
Son écoute, sa bienveillance et ses questions m'ont permis de faire émerger mes propres réponses et de mieux structurer ce que je portais déjà en moi.
Aujourd'hui, je me sens plus sereine, plus confiante et surtout plus au clair sur ce que je veux construire. »
L'estime de soi comme premier levier
Pour Aïcha Diakité, aucune place ne s'obtient tant qu'on ne se la reconnaît pas soi-même. Une mère seule n'est pas une personne à plaindre, une salariée en situation de handicap n'est pas une charge, une autrice qui parle de sa douleur n'est pas fragile.
« Croire en sa valeur avant que le monde ne la reconnaisse. »
Se procurer le livre
Désir d'enfant : de la déception à la réalisation de soi est disponible sur la place de marché Effi-Market.