Un surnom qui dit une méthode
Dans les réseaux de la diaspora congolaise, on l'appelle Mama Diaspora. Le surnom dit moins une autorité qu'une manière de faire : écouter, orienter, rapprocher, créer des passerelles. Elle a construit son engagement au contact d'entrepreneurs, de cadres, de soignants, de chercheurs, de jeunes diplômés, tous animés d'une même volonté de contribuer au développement de leur pays d'origine.
De ces années de rencontres, elle tire un constat qui oriente tout le reste. La diaspora ne manque pas de compétences. Elle manque de connexions et de cadres pour transformer ses initiatives en actions.
Rassembler, connecter, structurer
Elle préside le Haut Conseil Représentatif des Congolais de l'Étranger, qui travaille à mobiliser les Congolais établis hors du pays autour de l'entrepreneuriat, de l'investissement, de la formation, de la jeunesse et de la circulation des talents.
Elle y défend une position qu'elle répète volontiers : il ne s'agit pas d'opposer ceux de l'étranger à ceux qui vivent et travaillent au pays. Les compétences de l'intérieur et celles de l'extérieur doivent se rencontrer et se renforcer.
Elle exerce également les fonctions de Haut Représentant Europe de l'Union Nationale des Opérateurs Économiques du Congo, et de vice-présidente du Mouvement Mondial des Femmes Leaders Panafricaines.
Contribuer sans forcément rentrer
Sa conviction la plus utile est aussi la plus simple. Une diaspora ne transfère pas seulement de l'argent : elle transfère des connaissances, des méthodes, des technologies et des réseaux. Un professionnel installé à Paris, Bruxelles ou Montréal peut investir, former, accompagner un entrepreneur ou ouvrir un marché sans se réinstaller définitivement.
D'où son exigence sur les rencontres et les forums : ils ne sont pas une finalité. Ils valent par les relations durables, les projets et, quand les conditions sont réunies, les investissements et les emplois qu'ils permettent.
L'accès au financement comme condition
La place des femmes dans le développement économique constitue l'autre axe de son action. Elle est membre du panel consultatif sur les femmes et les services financiers numériques en Afrique centrale du Fonds d'équipement des Nations unies, et a été ambassadrice du groupe de travail sur l'éducation financière en zone CEMAC.
Sa position ne varie pas : les femmes africaines ne doivent pas seulement bénéficier des politiques de développement, elles doivent en être les actrices, les entrepreneures et les décideuses. Cet engagement lui a valu, en 2021 à Kigali, le prix de la meilleure promotrice africaine de l'entrepreneuriat féminin de la diaspora congolaise.
Une trajectoire distinguée sur trois continents
En septembre 2024 à Paris, la Semaine l'Afrique des Solutions la distingue comme Ambassadrice de Solutions pour l'Afrique. Elle reçoit l'année suivante la médaille du mérite de la même institution, et figure dans la Powerlist African DOers 2025. En 2026, le cinquième Sommet de la Fondation Trophée de l'Africanité, au Maroc, lui décerne le trophée du leadership féminin en Afrique, prix spécial du jury. La même année, la distinction Les Lumières du Congo salue son travail de structuration de la diaspora congolaise.
Elle porte par ailleurs la voix des diasporas dans les espaces institutionnels : au Conseil présidentiel pour l'Afrique, aux États généraux des diasporas africaines de France, à l'Assemblée nationale, au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, et à l'Élysée en amont du sommet Africa Forward.
Ces présences ne valent pas pour le prestige des adresses. Elles disent où se joue son travail : faire circuler une parole entre la société civile, l'économie et les institutions, trois mondes qui se parlent rarement directement.
France, Afrique, Caraïbes
Si le Congo reste au cœur de son action, elle inscrit désormais sa réflexion dans un espace plus large, et défend la construction de passerelles entre la France, l'Afrique et les Caraïbes autour de la formation, de la santé, de l'entrepreneuriat et de la circulation des compétences.
Les diasporas occupent selon elle une position privilégiée pour ces rapprochements : elles connaissent plusieurs cultures, évoluent dans plusieurs économies et disposent de réseaux transnationaux. Cette capacité à naviguer entre plusieurs mondes devient un outil de coopération.
Pourquoi elle en est la marraine
Entrepreneuriat, vie associative, inclusion financière, leadership féminin, coopération internationale, enjeux environnementaux : présentées en liste, ces activités ressemblent à une dispersion. Elles n'en sont pas une. Chez Agnès Ounounou, ce sont autant de portes d'entrée vers une même ambition, faire en sorte que des compétences existantes deviennent des actions.
C'est exactement ce que ce Sommet cherche à rendre visible. Non pas des femmes qui accumulent des fonctions, mais des femmes dont les fonctions convergent. Il n'est donc pas anodin qu'elle en soit la marraine : le parcours qu'elle décrit chez les femmes de la diaspora est celui qu'elle a mené elle-même.
Sa conception du leadership découle de là. Il ne se mesure pas à l'accumulation des fonctions ni des distinctions, mais à la capacité d'ouvrir des portes et de créer des opportunités pour d'autres.
Rassembler, connecter, agir.